l’événement
Un autre avenir...
La liste des discriminations qui sont infligées au territoire de La Courneuve et à ses habitants est longue. Très longue. Aussi longue que la liste des promesses et des engagements non tenus qui se sont accumulés. Aujourd’hui, la Ville porte plainte.
Stigmates urbains, inégalités économiques, injustices sociales… En tant que maire, Gilles Poux déclare dans sa lettre d’intention à la HALDE (
Voir l'article) : «Mener la bataille pour la dignité des Courneuviens est un devoir, tenter de guérir les blessures du passé est un défi, sortir La Courneuve des jeux de représentations négatives et discriminantes passe par une action coordonnée avec la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité.» Ville populaire au passé industriel,
La Courneuve est fière de ce qu’elle est, de son passé et de ses traditions. Avec ses habitants, elle veut se construire un avenir digne et solidaire. Considérée comme un territoire de seconde zone, la commune a été un terrain de jeu en matière d’urbanisme et d’aménagement territorial.
Ainsi, la cité des 4000 a été bâtie dans les années 1960 par l’OPHLM de la ville de Paris, par dérogation exceptionnelle pour construire des logements en dehors de Paris. L’état a donc considéré La Courneuve comme un territoire expérimental. Et ces logements se sont rapidement dégradés. De la même manière, l’autoroute A86, construite à la fin des années 1970 coupe la ville en deux, elle a été pensée sans tenir compte de La Courneuve et de ses habitants. Quant à l’autoroute A1, jamais couverte ni insonorisée, elle constitue une deuxième rupture et enclave le territoire.
Assez de promesses non tenues
Depuis de nombreuses années, les promesses se sont accumulées. Promesse avait été faite, par exemple, de la pose de mur anti-bruit sur la partie de l’autoroute A86 qui traverse la ville, de la réhabilitation de la gare de RER d’Aubervilliers-La Courneuve. Nicolas Sarkozy, Ministre de l’intérieur, s’est rendu trois fois à La Courneuve. Il avait assuré qu’il reviendrait présenter les résultats de son action. Face au constat amer qui s’impose, il n’a jamais remis les pieds à La Courneuve.
Tous les trafics devaient cesser :
il n’en est rien aujourd’hui. Un nouveau commissariat de proximité dans la cité ? Celui-ci a fermé au bout d’un an, faute de policiers supplémentaires, alors que la Ville avait pris à sa charge 340 000 € pour rénover l’équipement.. Il avait aussi promis
570 emplois dans des entreprises de la région pour les jeunes de la ville. Un an après, le chômage des jeunes à La Courneuve n’avait diminué que de cinq personnes... Il voulait « nettoyer la cité des 4000 au Kärcher ». C’est bien la seule promesse dont personne ne regrette qu’elle n’ait pas été suivie d’effets !
La plainte déposée auprès de la HALDE est une démarche active.
Pendant ce temps, La Courneuve et les Courneuviens continuent de souffrir d’une image négative trop souvent relayée par les médias et les politiques. Ce cliché ne fait que renforcer la stigmatisation sociale que subissent les habitants. Alors que la cité et ses habitants restent généreux, rebelles et surtout fiers de ce qu’ils sont.
Elle s’accompagne d’exigences de réparation pour le préjudice subi et la demande que l’Etat mette son action et ses moyens à la hauteur des initiatives innovantes mises en oeuvre par la Ville, par et pour ses habitants. Enfin, la spécificité de la ville et de sa population doit être reconnue car il est évident que des moyens adéquats et justes dans tous les domaines emploi, urbanisme, rénovation, éducation, culture, santé, seraient des leviers efficaces pour accompagner la volonté de dynamisme de la population.
A cet égard, la réforme des collectivités engagée par le Gouvernement et le désengagement financier attendu mettent La Courneuve en danger pour réaliser les projets dont elle a besoin. Car dans le contexte de crise actuelle et de baisse du pouvoir d’achat des Courneuviens, cela signifie moins d’argent d’un côté et de l’autre, davantage de besoins. Le problème est simple : ne rien faire, supprimer des services et des emplois, jeter au panier les ambitions… ou résister et battre pour obtenir les moyens de vivre et de se développer.
En affirmant en 2000 «La Courneuve s’invente un autre avenir», en écrivant en 2006 un projet de ville avec les Courneuviens et en affirmant que «nous sommes l’avenir de la République», La Courneuve a choisi le chemin de l’action. Elle veut aller plus loin aujourd’hui en portant plainte auprès de la HALDE contre les discriminations urbaines et sociales qui lui sont faites.