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Regards, le magazine de la ville .. .

n°240 - du jeudi 24 mai au mercredi 6 juin 2007

 un certain regard




Yoan Gouffran, footballeur professionnel au SM Caen 


« La Courneuve ? Que des bons souvenirs ! »



Cinq jours avant son 21e anniversaire qu’il fêtera demain, peut-être par une accession en Ligue 1 avec le Stade Malherbe, Yoan Gouffran a déjà reçu un joli cadeau dimanche soir devant les caméras de Canal Plus : l’oscar du foot récompensant le meilleur joueur de Ligue 2. International espoirs, auteur de 14 buts cette saison en championnat, l’ancien élève de Politzer semble plus que jamais promis à une très grande carrière.



J’étais à Paris dimanche soir.  À l’Olympia plus exactement, à l’occasion de la soirée des trophées Unfp où j’ai été élu par mes pairs, meilleur joueur de Ligue 2 pour la saison 2006-2007. Ça faisait un bail que je n’étais pas revenu en région parisienne. Je n’ai plus trop le temps depuis deux saisons. Ça fait 6 ans que je suis parti pour Caen et mes copains me vannent et me disent que je suis devenu Caennais. Pourtant je me sentirai toujours parisien. Je suis né à Villeneuve-Saint-Georges le 25 mai 1986. Mes parents sont ensuite repartis quelques années en Guadeloupe.
 À quatre ans, j’ai retrouvé la région parisienne et Franconville (95). Je suis arrivé à La Courneuve au moment de rentrer au collège. Je vivais avec ma mère à la résidence du Parc et j’étais élève à Politzer. Dans le même temps, je jouais au Red Star.

« Rester soi-même et ne pas se la raconter »


À 15 ans, j’ai participé à une coupe nationale à Clairefontaine avec la sélection d’Ile-de-France. Ce jour-là j’ai tapé dans l’œil des émissaires de Lens, Saint-Étienne, du Havre et de Caen. J’ai choisi le Stade Malherbe parce que le discours me plaisait davantage. Il y avait un vrai suivi par rapport aux études et puis ce n’était pas trop loin de chez moi. D’ailleurs les deux premiers mois, avant que l’école ne reprenne, j’ai vraiment eu du mal, je m’ennuyais. Brevet en poche, j’ai donc quitté La Courneuve pour n’y rentrer que pour les vacances. Il y a deux ans, ma mère s’est installée à Gagny et je n’ai donc plus trop l’occasion de passer. J’ai toujours beaucoup de potes ici mais quand je viens sur Paris, je n’ai pas trop de temps et je privilégie la famille.
Aujourd’hui quand je pense à La Courneuve, ce sont de bons souvenirs. Comme beaucoup de jeunes, j’ai fait pas mal de bêtises, mais je me suis surtout bien marré avec mon voisin et mes potes. Contrairement à ce qu’on entend souvent dire, il y a des gens bien ici. En débarquant à Caen je me suis d’ailleurs rendu compte des préjugés sur les gens de banlieue. Quand je me suis pointé en survêt’ et casquette au lycée, on m’a regardé bizarrement, en pensant : « ça doit être une racaille celui-là ! » C’est marrant de constater que désormais, on me considère comme un gars du cru.
Tout s’est accéléré pour moi depuis notre victoire à l’Euro des -19 ans, il y a deux ans avec l’équipe de France. Dans l’équipe il y avait Gourcuff, Cabaye, Lloris ou Kaboul. Ensuite on est monté en espoirs ensemble. Quand je suis revenu dans mon club, j’avais un palmarès et j’ai enchaîné sur ma première saison complète. Cette année je voulais vraiment confirmer mais je ne m’attendais pas à réussir aussi bien. Maintenant mon souhait est de retrouver la Ligue 1. J’y ai disputé huit rencontres en 2005. J’ai joué à Marseille, Sochaux ou Saint-Étienne et quand on a goûté à ça, on a qu’une envie: c’est d’y retourner. Pour l’instant l’objectif c’est la montée avec Caen. Une fois le ticket en poche, on verra en fonction du projet du club si je reste ou pas. De lire qu’on est sollicité par des grands clubs (Ndlr Arsenal, Lyon , Psg) ça fait plaisir mais j’essaie de ne pas y faire attention. On me parle du PSG parfois. C’est l’équipe que je supportais petit et que je continue à supporter. C’est un club particulier pour moi. J’entends aussi des conneries comme pour l’offre de Chelsea que j’aurais repoussée. Par contre c’est vrai que j’ai peur de partir trop jeune pour l’étranger. Changer de langue et trouver le bon entraîneur qui te fait confiance ce n’est pas évident. Je veux être sûr de continuer à progresser plutôt que de stagner sur le banc. Pour réussir dans ce métier, il faut rester soi-même et ne pas se la raconter ni se prendre pour une star. Il y a plein de bons joueurs à Saint-Denis ou à La Courneuve, mais ils n’ont peut-être pas eu la chance comme moi d’être en forme le jour où le recruteur était présent. Au collège ou au City stade, je connaissais des gars bien plus forts que moi techniquement, mais ils n’ont peut-être jamais eu ou jamais voulu avoir l’opportunité de percer. Alors il faut rester humble. Le plus important c’est de ne jamais rien lâcher et surtout de toujours s’amuser.

Propos recueillis par Yann Lalande




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