.
.
Regards, le magazine de la ville .. .

n°216 - du jeudi 18 au mercredi 31 mai 2006

 un certain regard

 les autres articles

Monte Laster, plasticien




Monte Laster, plasticien 


« La Courneuve est à la fois un lieu de vie assez incroyable et une ville comme une autre »



Monte Laster est un plasticien américain. Parisien d’adoption, il abandonne en 1994 les quartiers branchés de la capitale pour La Courneuve. Il emménage au moulin Fayvon qui devient sous la main du créateur un lieu insolite, intemporel, quasi irréel. Ce natif du Texas nous livre son regard sur La Courneuve.



C’est par hasard que je suis venu vivre à La Courneuve. J’habitais dans le 17e arrondissement de Paris et je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je vivrais en banlieue. J’étais en quête d’un atelier d’artiste. J’ai répondu à une petite annonce et j’ai été émerveillé de découvrir au pied des 4000 et à vingt minutes du Châtelet, le lieu surprenant, exceptionnel, qu’est ce vieux moulin. Plusieurs plasticiens y travaillaient. Ils sont progressivement partis. J’ai investi les espaces laissés vacants. Je les ai transformés en un lieu de vie. J’ai la place nécessaire pour réaliser des installations (peinture, sculpture, scénographie) et de la vidéo. Je peux me livrer au jardinage, à la décoration. Mon intérieur, composé d’objets récupérés dans les rues, raconte, entre fantasme et réalité, l’histoire d’un personnage, sans qu’on sache vraiment de qui il s’agit. Depuis que je suis installé ici, je porte un autre regard sur cette ville, loin des stéréotypes véhiculés par les médias qui stigmatisent toute une population, faisant peu de cas des êtres humains qui la composent. J’interviens auprès des enfants par le biais de l’association Face* que j’ai fondée et je suis bien placé pour mettre au panier tout ce qui se raconte sur les jeunes de La Courneuve. Quand on travaille beaucoup avec les enfants, on sait que tout cela est faux. Néanmoins cette mauvaise presse laisse des traces et je sens qu’elle altère profondément l’image que les Courneuviens ont d’eux-mêmes. Il est important d’inverser ce processus, de redonner de l’espoir aux petits, de leur montrer qu’on a la possibilité de détourner le système dans lequel la société vous enferme. Moi, pour faire plaisir à mes parents protestants, je suis allé au séminaire. Je devais être missionnaire… Je suis devenu artiste contre leur volonté et je vis de mon travail artistique sans avoir fait d’études d’arts plastiques. Je veux donc prouver aux enfants que si l’on est un peu créatif, on a toujours la possibilité de sortir du chemin dans lequel on vous enferme. Je le fais à travers l’art. Je leur enseigne le processus créatif, c’est-à-dire comment passer de la réflexion à l’action et comment transformer le rêve en réalité.

« Les enfants d’ici m’ont donné une leçon d’humilité »

Même si au quotidien ces enfants se heurtent à beaucoup de difficultés, au racisme, à la précarité, à la discrimination, je souhaite qu’ils comprennent qu’ils ont la capacité de transformer les choses et qu’il faut qu’ils s’autorisent à le faire. J’espère ainsi leur donner de l’espoir, car sans espoir il n’y a pas de rêve, et sans rêve il n’y a pas d’épanouissement. Créer Face n’a pas été chose facile. Comme beaucoup, ici, je suis un étranger, le français n’est pas ma langue maternelle et je n’avais jamais fondé d’association. Cela a duré plus de dix-huit mois et j’ai souvent eu envie d’abandonner. Mais quand je vois le plaisir personnel que les enfants prennent à créer ces œuvres collectives qui sont de vraies œuvres d’art, reconnues à l’extérieur, je sais que j’ai eu raison de persévérer. Et puis, les enfants m’apportent énormément par la richesse de leur créativité, leur naïveté, leur spontanéité. Et par leur innocence qui nous fait tant défaut en vieillissant. La première œuvre que j’ai réalisée, c’était avec les enfants d’Art-Jeux. Elle portait sur le thème du cirque. Ils devaient illustrer un récit, somme toute très classique, que j’avais inventé. Le lendemain, une fillette m’a proposé une histoire bien plus originale. J’ai reçu, ce jour-là, une bonne leçon d’humilité. Pour moi La Courneuve est à la fois un lieu de vie assez incroyable et une ville comme une autre. Elle a certes ses particularités, tout comme Paris a les siennes, ou comme Dallas, la ville d’où je viens, et dont on pourrait raconter aussi beaucoup de choses.

Propos recueillis par Marie-Hélène Ferbours

*Face (French Association for Creative Exchange) a pour objectif de faire de la créativité un moyen d’échange entre des personnes d’origines et de cultures différentes.



..haut de page ---------------Tous droits réservés © 2009 VLC Réalisation Webmastering COMTOWN