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Travailleurs sans papiers
La Courneuve et le département au coeur du conflit
105 demandes de régularisation ont été déposées en préfecture par l'Union départementale CGT tandis que chaque jour l'Union locale de La Courneuve reçoit des travailleurs sans-papiers.
Le mardi 15 avril, à l'initiative de la CGT, ils sont sortis de l'ombre. " Ils ", ce sont les 600 travailleurs sans papiers grévistes qui ont décidé de ne pas reprendre le travail jusqu'à ce que leur situation soit régularisée. Konari, venu soutenir les marcheurs sans-papiers du Nord, ce 5 mai à la Bourse du travail de La Courneuve, est l'un d'entre eux. " Je suis arrivé du Mali il y a huit ans. J'ai travaillé dans le bâtiment, j'ai été manutentionnaire, et dernièrement j'étais employé dans la restauration au Potel Chabot à Villejuif. J'ai des fiches de paie, je déclare mes impôts et depuis le 23 avril avec certains de mes collègues nous sommes en grève, parce que nous espérons enfin changer de situation. " Le dossier que Konari garde précieusement sous son bras, semble très complet et pourrait avoir de bonnes chances d'aboutir, mais ce ne sera pas le cas de tous. Brice Hortefeux le ministre de l'Immigration a réaffirmé ce 5 mai son opposition aux régularisations massives: " Moins de mille dossiers ont été déposés. Les préfectures ont quelques jours pour analyser chacune des situations et se prononcer. " Cinq jours après le dépôt de 105 dossiers, le 30 avril, la préfecture de Seine-Saint-Denis annonçait d'ores et déjà douze régularisations. Un premier chiffre modeste, qui semblait justifier les précautions prises par les responsables de l'Union départementale CGT. " Nous n'avons pas voulu faire du quantitatif. Nous souhaitons dans un premier temps tester la bonne volonté des pouvoirs publics, commentaient de concert Laurent Pagnier et Thierry Dumez. Nous avons soumis les dossiers de ceux qui sont entrés de façon régulière sur le territoire, disposant de fiches de paie et en possession d'une promesse d'embauche de leur employeur. En aucun cas nous ne souhaitons mettre des travailleurs sans-papiers en difficulté. " Mais l'espoir suscité par ce mouvement de grève est grand et depuis une quinzaine de jours Annick a vu se présenter nombre de ces représentants du prolétariat de l'ombre à l'accueil de l'Union locale CGT de La Courneuve. " Nous constituons des dossiers quand les personnes disposent de suffisamment de justificatifs. Il y a énormément d'espoir, certains engagent même des frais d'avocat et j'ai peur que beaucoup soient finalement déçus. " Aziz un électricien marocain, travaillant en France depuis trois ans, y croit justement. " Au Bled j'étais artisan électrotechnicien. Le problème c'est qu'il n'y a pas assez de marché et qu'on est mal payé. Ici je m'en sors bien. Je travaille sur les grands chantiers en région parisienne pour des sous traitants et je gagne en moyenne 1 000 euros par mois. Par contre comme je n'ai pas de papier le patron me paie en liquide. Il dit qu'il n'a pas les moyens de me déclarer. J'ai postulé dans une autre entreprise, mais ils ne veulent pas me faire de promesse d'embauche parce que je ne suis pas en règle. À un moment pour avancer il me faut un titre de séjour. C'est pour ça que je suis venu à l'UL CGT aujourd'hui. Je ne veux pas laisser passer ma chance. " Aziz, ou la preuve en quelques mots de l'hypocrisie de la droite française au sujet de la politique d'immigration. Quand Monsieur Sarkozy joue de l'amalgame à la télévision le 24 avril en parlant de " demandes de naturalisations ", Aziz et les autres demandent seulement à être en règle pour poursuivre leurs activités dans des secteurs d'activités en-tensions à l'affût d'une main d'oeuvre corvéable à souhait du fait de sa clandestinité.
Yann Lalande
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