Lettre ouverte à Monsieur François Fillon et à Madame Christine Boutin
Monsieur le Premier ministre,
Madame la ministre,
La Courneuve porte l’ambition d’être pleinement une ville de réussites, belle et dynamique, solidaire et citoyenne.
Cette ambition se nourrit de projets, d’envies, d’exigences et de droits réaffirmés, donnant du sens au projet de ville écrit en 2006 par les Courneuviennes et Courneuviens.
Déjà inscrite en toutes lettres sur le bâtiment Renoir avant sa démolition – ‘’ La Courneuve s’invente un autre avenir ‘’ -, cette ambition ne conduit pas pour autant à faire table rase du passé.
En prenant son avenir en main, La Courneuve s’empare aussi de son histoire.
Cette histoire riche d’humanités, est aussi celle d’un territoire maltraité, discriminé.
Ainsi, au début du siècle dernier, c’est ici que l’industrie naissante a décidé d’ y installer ses usines polluantes pour préserver les beaux quartiers de l’Ouest parisien des fumées toxiques.
Ainsi, dans les années 60, c’est ici que furent posés 4000 logements, hors de la Capitale, pour y loger des femmes et des hommes venus de toutes les régions de France et de l’étranger, alors que la demande en main d’œuvre du patronat était forte.
Sans nier les avancées que représentait alors l’émergence d’un nouveau type de logement social, cela s’est fait au détriment de la ville d’accueil ainsi ignorée, en laissant place à des ruptures urbaines et à un enclavement profond.
Les conséquences furent dévastatrices, quand quelques années plus tard, les choix du capitalisme en crise – déjà – conduirent à une désindustrialisation et à un chômage massifs.
A partir de ses réalités, La Courneuve a su se forger sa propre identité, faite de solidarités, de richesse issue de sa diversité, de fierté aussi. Ses habitants ont su, plus d’une fois, lier leurs aspirations individuelles aux nécessaires combats collectifs pour faire entendre leur voix.
C’est ainsi qu’est née l’exigence d’un cadre de vie renouvelé par une rénovation urbaine profonde réparant les blessures du passé.
Et depuis plus de vingt ans, La Courneuve est engagée dans un important programme de renouvellement urbain des quartiers Ouest, singulièrement des 4000 Sud.
Et maintenant, les premiers résultats sont là.
Certes les 4000 sud ne sont pas devenus un îlot de bonheur dans un monde dur.
Pour autant, leur transformation permet un autre cadre de vie, d’autres lieux de convivialité, une autre attractivité qui profite à toute la ville.
Mais aujourd’hui se pose la question de la pérennité d’un bâtiment, celui du ‘’ mail Maurice de Fontenay ‘’, emblématique de ce quartier, emblématique de l’histoire de notre ville et de celle du logement social en France évoquées précédemment.
Si des démolitions ont été rendues nécessaires ailleurs, on ne peut penser la ville sur le concept de la « terre brûlée », en faisant abstraction de l’histoire des femmes et des hommes, et de l’urbanisme qui ont fait vivre ces lieux.
Les qualités potentielles de confort qu’offrent ce bâtiment, sa possible parfaite intégration dans ce quartier véritable trait d’union entre le quartier de la Tour achevé aujourd’hui et celui des Clos qui sera totalement rénové d’ici 2013, l’attachement des 300 familles à ce lieu qu’elles habitent souvent depuis longtemps, ont conduit l’Office Public Habitat 93, la Ville et la Communauté d’Agglomération à lancer une étude de marché de définition sur la faisabilité technique et financière d’une restructuration lourde de ce bâtiment monumental de 180 mètres de long et de 45 mètres de haut.
Compte tenu du symbole que représente ce bâtiment hors du commun, nous voulons mener un travail à la hauteur des enjeux, construit en concertation avec les habitants eux-mêmes, souhaitant pouvoir intéresser à cette démarche ambitieuse des architectes eux aussi symboliques de leur époque.
Au moment où se réfléchit l’avenir de la métropole parisienne et au regard de son histoire, à travers la question de la restructuration du ‘’ mail de Fontenay ‘’ se pose celle de l’engagement singulier de l’Etat pour réparer les blessures du passé, pour faire vivre l’égalité républicaine, pour favoriser le développement économique et social dans des territoires comme les nôtres, pour accompagner les projets et les idées qui naissent ici.
Si la République veut être pleinement ce qu’elle prétend être, à savoir ‘’ libre, égale et fraternelle ‘’, cela passe aussi par La Courneuve. Si la république échoue ici, elle échouera tout simplement.
C’est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, Madame la ministre, nous souhaitons que des financements publics exceptionnels soient dégagés pour aller au terme de ce beau projet, dont la République pourrait s’enorgueillir.
Veuillez agréer Monsieur le Premier ministre, Madame la ministre, l’expression de mes respectueuses salutations.
Gilles Poux
Maire de La Courneuve
Vice-Président de Plaine Commune
Dans la version "papier" du journal, pour des raisons de place, seuls des extraits de cette lettre ont été publiés.