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Regards, le magazine de la ville .. .

n°225 - du jeudi 26 oct. au mercredi 8 nov. 2006

 un certain regard

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Jacques Houdremont




Jacques Houdremont 


«La Courneuve reste mon chez moi, mon village»



Cela fait plus de 15 ans qu’il a quitté La Courneuve et qu’il vit et travaille dans le Rhône. Là-bas, Jacques Houdremont, directeur de la Maison de la formation de Grigny, se sent bien, apprécie Gisors où il habite désormais. Et pourtant, dès qu’il peut, il revient humer l’air de cette commune où se sont forgées les valeurs de solidarité qui lui tiennent tant à cœur.



J’ai quitté La Courneuve en 1990 pour partir en province. Mais cette ville reste pour moi ma maison, mon chez moi. J’y reviens régulièrement voir ma mère, qui habite toujours ici, mais aussi montrer à mes enfants là où mes grands-parents maternels, tout droit venus d’Italie, se sont installés après la guerre. J’aime à leur faire découvrir là où j’ai vécu, où j’ai grandi, où s’est formé l’adulte que je suis devenu, là où j’ai découvert les valeurs auxquelles je suis encore profondément attaché.
Je suis né en 1959 et j’ai passé toute mon enfance à la Cité des Fleurs. Adolescent, je n’étais pas du tout considéré par mes copains comme «le fils du maire» (d’ailleurs, mon père est décédé alors que je n’avais que 14 ans).
Je faisais partie, avec mes sœurs, d’un groupe de Pionniers, une association d’enfants qui développait des activités de loisirs, mais aussi des activités militantes autour de l’histoire de la Résistance ou contre la guerre du Vietnam.
Si je ferme les yeux et que je pense à La Courneuve de mon enfance, les images qui me viennent sont celles de l’école Anatole-France, où s’est déroulée toute ma scolarité. Celles aussi des Quatre-Routes, de son beau marché et de ses deux cinémas, où j’ai vu mes premiers films. Mais ce qui me reste de plus vivant, de plus fort, ce qui, je l’avoue, me manque le plus, c’est le climat général de fraternité, de discussions, d’échange d’idées et de brassage des cultures (dans mon quartier, beaucoup de gens portaient des noms à consonance étrangère et l’essentiel de mes amis était d’origine maghrébine). Je me languis de ces discussions à perdre haleine, des batailles que nous menions, jeunes et adultes ensemble, contre des fermetures d’usines ou des projets qui nous paraissaient négatifs.
Je pense par exemple à la lutte menée contre l’autoroute A 86 qui devait passer en plein dans le quartier et dont le tracé dénaturait complètement notre environnement. Ou encore à cette longue bataille pour tenter d’empêcher la fermeture de l’usine Rateau.

«Pour les habitants du bidonville, les 4000 ont représenté une bouffée d’oxygène»


Petit, j’ai connu le bidonville qui existait sur la commune (combien de fois mon père a été appelé en pleine nuit parce qu’un incendie s’y était déclaré…) et j’ai vu, de près, la bouffée d’oxygène que fut la construction des 4000 pour ceux qui, jusque-là, s’entassaient dans les baraquements de «la pampa» comme nous disions.
Je me sens bien dans le Rhône, où j’habite aujourd’hui et il me serait très difficile de revenir vivre en région parisienne. Mais La Courneuve reste mon village.
Ainsi, lorsqu’on évoque des Courneuviens devenus célèbres, comme Amel Bent ou Shirley, j’ai un étrange sentiment de fierté. Ou encore, quand j’apprends que les élus n’hésitent pas à aller sur le terrain pour affronter les difficultés, je me dis: «C’est bien dans la tradition de La Courneuve!» En revanche, certaines informations me font frémir et je veux tout de suite vérifier si c’est vrai ou non. Par exemple, l’an dernier, pendant les événements de novembre, j’appelais la famille, les amis, pour savoir ce qui se passait réellement.
Lorsque je viens quelques jours en Région parisienne, je me promène à pied. Je regarde comment la commune change, je me réjouis des nouvelles réalisations, des travaux d’embellissements, de ce tramway, qui doit tellement améliorer la vie quotidienne des Courneuviens. Mais je tords le nez, aussi, devant certains lieux qui se dégradent, devant la ghettoïsation rampante qu’on sent aux Quatre-Routes, la pauvreté qui y est plus visible qu’autrefois.
En fait, mon lien à La Courneuve est difficile à définir. Je pense que c’est Lavilliers qui exprime le mieux ce que je ressens quand il chante: “On n’est pas d’un pays mais on est d’une ville…”

Propos recueillis par Florence Haguenauer




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