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Regards, le magazine de la ville .. .

n°275b - JUMELAGE 5/6 > Burj El Chemali (supplément)

 L'actualité




Actualité 


Quand les hommes vivront d’amour…



Dès le premier soir de notre arrivée au Liban, avec Ghazi, président du Comité Populaire du camp et Abu Wassim, responsable de deux associations, nous dînons à Sour (Tyr) au bord de la mer. La nourriture est simple mais savoureuse. À la saveur des aliments s’ajoute le plaisir de discuter avec nos hôtes et leur ami libanais, avocat, de la situation du Liban et des réfugiés palestiniens. Dans ce décor de carte postale, nous verrons briller au loin les lumières de la Palestine. Nous évoquerons la guerre de 2006, la détresse de la population de Tyr et des villages environnants, fuyant les zones de combat et se réfugiant dans les camps palestiniens épargnés par Israël. Nous parlerons de la volonté des Palestiniens de retourner chez eux, de l’inquiétude des Libanais face à une possible intégration des réfugiés, ce qui pourrait déséquilibrer le fragile équilibre entre toutes les composantes de la population. Nous aborderons le désespoir et la frustration dans les camps, l’enfermement qui mine les hommes et les femmes.

Bureaucratie ?

Le lendemain, nous avons effleuré, à notre niveau, la frustration des Palestiniens. Pour entrer dans le camp de Burj El Chemali, nous devons obtenir un laissez-passer de l’armée libanaise. Trois fois nous passerons les contrôles de sécurité. Nous tenterons d’obtenir ce papier si précieux. Pendant plusieurs heures, nous allons attendre dans un petit café que la situation se règle par coup de fil interposé mais le jeune militaire n’en démord pas. Il parle anglais et s’excuse de cette contrariété, mais, nous n’avons pas de famille dans le camp, nous n’avons donc rien à y faire ! Le lendemain, quatrième tentative et en trente secondes, sur un tout petit bout de papier blanc, nous obtenons le précieux sésame. Pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas vraiment de réponse mais ces «vexations» sont courantes pour nos amis palestiniens. Elles sont très mal vécues.

Burj El Chémali

Vendredi 10 octobre, pour la première fois, nous pénétrons dans le camp, par le seul point d’entrée accessible en voiture, contrôlé par l’armée libanaise et les soldats du FATAH*. Nous apprendrons qu’il y a une dizaine d’autres points de passage, réservés aux piétons. Murs et barbelés fixent les limites du camp. Les rues sont étroites et propres. De nombreuses maisons sont surmontées d’un ou deux étages. Toutes les constructions sont en durs, les toits en ciment ou en tôles. La circulation est dense, les axes accessibles aux voitures limités. Les scooters se déplacent plus facilement. Le stationnement est anarchique et la conduite « sportive ». Pas de misère apparente, pas d’enfants ou d’adultes décharnés qui souffrent de la faim. Les hommes fument, beaucoup : cigarettes pour les uns, narguilé pour les autres. Les femmes, voilées le plus souvent, sont très coquettes : maquillage, voiles de couleur, tissu léger, coloré. Les enfants sont partout : dans les rues, à l’école, sur le terrain de foot… Le long des rues, les épiceries côtoient boulangeries, pâtisseries, salons de coiffure, ateliers mécaniques, locations de vidéo, ventes de vêtements,… La souffrance est ailleurs.

Les rencontres

Au fil de nos rencontres, formelles et informelles, nous découvrirons la difficulté de vivre avec le statut de réfugié. Le désir de retourner en Palestine est ancré dans les cœurs, mais, la vie quotidienne est au Liban, dans ce camp. Tous ceux qui ont moins de 60 ans n’ont jamais connu le village dont leur famille est originaire. Entre idéal et vicissitudes du quotidien, ils font le grand écart. La situation économique du pays, le peu de qualification des jeunes, le taux de chômage rendent encore plus difficile le travail accompli par les associations pour préserver la paix qui règne dans le camp, épargné par les luttes fratricides entre différentes factions politiques et avec l’armée libanaise.
Les demandes des habitants se résument à deux choses : pouvoir retourner en Palestine le plus tôt possible et, en attendant, pouvoir vivre librement au Liban. Cela nécessite donc une entente libano-palestinienne, surtout qu’il existe deux points de convergence : le premier est la sauvegarde du droit de retour des réfugiés. Et le deuxième, la nécessité que la sécurité, la paix et la stabilité règnent au Liban.

Le FATAH* : organisation politique et militaire palestinienne fondée par Yasser Arafat au Koweït en 1959



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