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Regards, le magazine de la ville .. .

n°286 - du jeudi 23 avril au mercredi 6 mai 2009

 L'événement




Homophobie en banlieue 


Pour vivre heureux, vivons cachés



L’homosexualité, en banlieue, reste un sujet tabou. Même si certains tiennent à vivre sans faux-semblants, le regard de la société ou les actes de violence poussent souvent les gays et lesbiennes à cacher leur orientation sexuelle.



Tabou.» Pour qualifier l’homosexualité en Seine-Saint-Denis, le terme n’est pas trop fort. Dans nos villes de banlieue, en particulier dans les quartiers populaires, les gays n’ont pas encore totalement droit de cité. Ils vivent souvent cachés par crainte du qu’en dira-t-on, ou pire, de subir des actes homophobes. Contacté par le biais d’un site internet de rencontre, un jeune Courneuvien n’a pas souhaité donner suite à nos appels. Et que dire de ce militant associatif qui, après avoir donné son accord, a finalement préféré ne pas témoigner…
Adjoint au maire ( Parti de gauche ) chargé de l’aménagement à La Courneuve, Laurent Thibault, 49 ans, qui assume pleinement son homosexualité, assure pour sa part n’avoir « jamais eu de problème » depuis qu’il s’est installé dans la commune en 1990. « Pour moi, monter en région parisienne a été une forme de libération», affirme cet ancien Bourguignon. Même constat pour Damien Martineau, 28 ans, qui vit à Saint-Denis depuis cinq ans. « Je réside dans un appartement près d’une cité HLM et je n’ai jamais eu de soucis en raison de mes préférences sexuelles. J’affiche même les couleurs le jour de la Gay Pride où mon rainbow flag ( ndlr : un drapeau couleurs arc-en-ciel, symbole entre autres de son identité homosexuelle ) flotte à la fenêtre de ma chambre », explique-t-il. Ce jeune étudiant infirmier, qui a grandi dans une ferme, dit en revanche avoir reçu des insultes et subi des maltraitances dans le Maine-et-Loire, son département d’origine. « Lorsque je prenais le car pour me rendre au collège, des jeunes me traitaient de « tapette » et me donnaient des coups de pied parce qu’ils me trouvaient efféminé », se souvient-il.
Pourtant, selon Jacques Lizé, président de SOS-Homophobie, « il n’y a pas plus d’homophobie en banlieue qu’en milieu rural, mais elle s’y exprime avec davantage de violence ». Dans un rapport publié en 2006 par l’association parisienne, 46 % des banlieusards victimes d’homophobie disaient avoir subi des agressions physiques. Des agressions commises pour la majorité d’entre elles par « des bandes de jeunes qui habitent le même bâtiment, la même résidence que le gay ou la lesbienne ». Pire encore : un très faible nombre de victimes ont le courage de porter plainte ( voir p. 3 ). « Lorsque je me suis rendu au commissariat après avoir été cambriolé deux fois et m’être fait casser ma voiture, les policiers m’ont bien reçu mais sont restés impuissants. Ils m’ont plutôt conseillé de déménager », confie Bruno*, 50 ans, qui habite en logement social.
Une situation rendue souvent encore plus délicate par l’attitude de l’entourage. « Il y a une telle pression culturelle, familiale et de l’environnement qui fait que c’est difficile d’en parler. Et tous les intégrismes de pensées et de religions n’arrangent rien », souligne Laurent Thibault. Plutôt que de révéler leur homosexualité à leur famille, certains font le choix de mener une double vie. « J’avais un ami d’origine maghrébine. Nous nous sommes fréquentés quelques fois, puis un jour il m’a dit qu’il allait se marier. Je ne l’ai plus revu depuis », raconte Damien Martineau. Comme si l’homosexualité, enfermée dans un mutisme ambiant, se devait de rester invisible.

Dossier réalisé par Ludovic Luppino,
Ressources Urbaines

* Le prénom a été modifié.



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