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Regards, le magazine de la ville .. .

n°304 - du jeudi 4 au mercredi 17 février 2010

 un certain regard




Geneviève Renault, membre du Conseil des sages 


« Je ne regrette pas mon parcours »



Courneuvienne depuis 1963, Geneviève Renault a longtemps tenu la librairie papeterie du centre commercial Verlaine. Retraitée, elle participe activement à la vie de la ville et de son quartier.



Quand j’ai connu mon futur mari, j’étais secrétaire de direction et lui travaillait dans une compagnie d’assurance. J’ai eu trois enfants. Je ne sais pas pour quelles raisons, il m’était viscéralement impossible d’envisager une seule seconde de sortir mes enfants de leur lit à 6h du matin pour les conduire à la crèche. La seule solution était de trouver un emploi logé. Deux possibilités s’offraient à nous : gardiens d’immeuble ou commerçants. Nous avons ouvert en gérance notre première superette, rue de Charonne à Paris. Elle appartenait à la chaîne Goulet-Turpin. Notre appartement attenant au magasin était très petit. Ensuite, nous avons géré un libre-service à Bagneux. Je m’investissais tellement dans cette affaire que les commerçants voisins nous ont vivement conseillé de créer notre propre magasin.
En 1963, nous avons ouvert à Verlaine une librairie, papeterie, journaux. Un rêve pour moi qui aime tant les livres. Le centre comptait un boucher, un charcutier, un chevalin, cours des halles, un poissonnier, un boulanger-pâtissier, une pharmacie, un pressing, une mini-supérette, une quincaillerie, un cordonnier, un coiffeur, un fromager. Il était fleuri, c’était magnifique ! De fil en aiguille, nous avons vendu des cigarettes, des articles de cadeaux, jouets, bijoux fantaisie. Les dames du quartier m’emmenaient leur robe pour que je leur procure une parure assortie. Nous habitions dans la cité. Nous étions debout à 4h du matin, ouvrions à 6h. À l’heure du déjeuner, nous filions à Paris courir les fournisseurs pour satisfaire nos clients. J’aimais mon métier et mes clients. Mon mari m’appelait, en riant, le confessionnal. On nous demandait des conseils. Je faisais des CV, des déclarations d’impôts. Il régnait dans le quartier une ambiance extraordinaire. Les résidents étaient des Parisiens expulsés pour construire le périphérique. D’autres étaient des rapatriés d’Afrique du Nord. Nous étions en pleine période des 30 glorieuses. Tout le monde avait du travail.

« J’en veux beaucoup aux médias »


Puis, nous avons vu le climat changer. Les locataires ont déménagé pour acheter des pavillons en grande couronne. Leurs remplaçants avaient des revenus plus modestes et d’autres habitudes en matière d’emplettes. Le centre commercial, concurrencé par les grandes surfaces qui venaient de s’ouvrir à Drancy et Stains, a commencé à péricliter. Les HLM de Paris, propriétaire des 4 000, ont cessé d’entretenir le patrimoine. Le chômage est apparu. La délinquance aussi. Les cambriolages se sont succédé. Nous en avons eu vingt-sept en tout. Nous avons dû protéger notre commerce, mettre des alarmes, blinder la devanture. C’était l’engrenage. Le 19 janvier 1992, une voiture a défoncé le magasin saccageant tout sur son passage. Les radiateurs ont explosé. Nous avons dû mettre la clé sous la porte.
Malgré cela, je ne regrette pas mon parcours. Si c’était à refaire, je recommencerais. J’aime La Courneuve. J’y suis restée et n’envisage pas de partir. Je dis souvent que c’est notre enfant. On lui connaît ses défauts. On a envie de le remettre sur le droit chemin. On lui pardonne ses incartades. J’en veux beaucoup aux médias qui ont stigmatisé notre ville comme si, ailleurs en banlieue parisienne ou dans les grandes agglomérations comme Lyon et Marseille, il n’y avait pas de problèmes. La Courneuve n’est pas une localité perdue, bien au contraire. Elle reprend un nouveau souffle. Les entreprises s’installent, les constructeurs qui nous dédaignaient hier y plantent désormais leurs grues. Je m’implique dans la vie de la cité. Je fais partie du Conseil des Sages, j’ai suivi les ateliers urbains sur les quartiers Nord. J’ai soutenu le projet Ruelle car il sauvegardait la nature, cachait le béton, et donnait à la ville un caractère plus chaleureux. Mon pessimisme porte sur l’insécurité car je pense qu’en grande partie, elle est liée au trafic de drogue et que pour cela elle est difficile à éradiquer. Pourtant la drogue est le pire des fléaux. J’ai vu ses dégâts chez les jeunes quand j’avais mon commerce à Verlaine, et je me disais que pour un parent la pire des choses était que son enfant se drogue, et je n’ai pas changé d’avis depuis.

Propos recueillis par Marie-Hélène Ferbours




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