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Regards, le magazine de la ville .. .

n°305 - du jeudi 18 février au mercredi 3 mars 2010

 un certain regard

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Juan Massenya




Juan Massenya, animateur de Teum-Teum sur France 5 


« La télévision au service d’une idée et des citoyens »



Homme de radio depuis plus de 10 ans (il officie sur Radio Nova), Juan Massenya tente à 41 ans une expérience originale à la télévision. Chaque mois, Teum-Teum, le programme qu’il présente sur France 5, permet aux téléspectateurs de découvrir sous un jour différent et à travers le regard d’une célébrité une banlieue populaire d’une grande ville. En septembre pour la première étape de ce tour de France à contre courant, les caméras de Teum-Teum avaient suivi Juan et son invité Stéphane Guillon pour une riche promenade aux 4 000.



«Je fais partie de la génération qui, après avoir longtemps lutté, avait lâché l’affaire devant le déficit de représentation des minorités dans les médias.
Tout donnait le sentiment d’être cadenassé. Je voyais la diversité ne s’exprimer que dans le monde du sport ou dans le divertissement et je trouvais qu’en parallèle le sort des quartiers populaires dans l’info se dégradait. On continuait d’éclairer sur les conditions de vie terribles dans ces lieux, tout en rendant leur population responsable ! Pendant longtemps j’ai donc pris le parti de croire que les changements ne s’opéreraient qu’individuellement au sein de la cellule familiale.

« La Courneuve a changé en bien »

Et puis les gars de Cool’ups (boîte de production), m’ont contacté. Ils m’imaginaient incarner leur projet. Teum Teum, ce n’est pas la télévision à notre service, mais la télévision au service d’une idée et des citoyens. En ce sens, c’est une émission politique. On en profite aussi pour revisiter une part d’histoire récente de notre pays. Je trouve incroyable que les Français soient capables de s’intéresser aux favelas de Rio, aux bidonvilles de Lagos, jugés authentiques, mais pas à nos quartiers populaires.

L’ouverture des medias à la diversité se fait donc naturellement. La société évolue sous l’influence de personnes issues de la diversité qui ont acquis un bagage. Le système républicain français œuvre donc en partie. Dans tous les domaines, je constate des progrès. Pas suffisamment rapides certes. Mais contrairement à nos aînés, nous avons beaucoup plus d’opportunités. Il y a des phénomènes d’ascension sociale parmi les populations issues de la diversité. Celle qui me semble prendre l’ascenseur dans le sens inverse, c’est la classe moyenne traditionnelle française.

Le vote d’extrême droite est une manifestation de révolte de cette classe moyenne, qui a le sentiment d’avoir tout bien fait et qui ne voit plus d’avenir pour ses enfants. Finalement si l’on parle tant de la crise c’est parce qu’elle touche ces Français qui jusqu’à présent se sentaient protégés. En revanche dans les quartiers populaires le discours serait plutôt : « La crise, mais quelle crise ? On s’en fout de la crise, on est né dedans ». Depuis toujours, quand les plus démunis appellent au secours, c’est comme crier dans une pièce capitonnée.

Pour en revenir à Teum Teum si l’on connaît un quartier hébergeant suffisamment de belles personnes, et de belles âmes pour incarner le programme on fonce. Le choix de l’invité, est une affaire d’équilibre entre ce que la personne dégage et ce qu’elle incarne médiatiquement. On cherche le contraste sans oublier que l’habit ne fait pas le moine. Il y a un point commun à tous nos invités : leur capacité d’écoute, d’observation et d’empathie vis-à-vis des injustices. Ce n’est pas le lot de toutes les personnalités médiatiques. Tu sens que certains, dans leur bulle, sont complètement largués par rapport à la réalité du pays. De notre passage à La Courneuve, je retiendrais qu’entre les souvenirs que j’avais des 4 000 très anxiogènes et aujourd’hui ça a changé en bien. Du coup l’écart entre la réalité de cette cité et la fiction médiatique est d’autant plus impressionnant. En braquant les projecteurs sur un endroit, on en fabrique une perception dans l’imaginaire collectif. Du fait de la surmédiatisation de certains phénomènes, les habitants se retrouvent stigmatisés. Trop souvent, ils incarnent une période en particulier de l’endroit où ils vivent. Toute sa vie, il restera l’habitant du quartier frappé par un fait divers, il y a X années. On oublie par la même occasion les 20 années qui ont précédé l’événement et les 10 qui l’ont suivi.

En diffusant Teum Teum, France 5 nous tend une main qu’il faut savoir saisir, car rares sont les chaînes qui donnent directement la parole aux classes populaires. Donner les moyens au plus grand nombre de citoyens de lire et de comprendre le monde dans lequel on vit, devrait pourtant être l’objectif principal de notre société.

Propos recueillis par Yann Lalande

Teum Teum, samedi 27 février, 14h10 sur France 5.
Yvan Le Bolloc’h est l’invité de Juan Massenya dans les rues des Ullis.



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