REGARDS Le journal de La Courneuve l Supplément "L’encart de siècle, Les coulisses des 25 ans"
PLUS QU'UN JOURNAL Haut de page
Unis par les liens du Regards
Au fil des années, Regards s’est inscrit dans le paysage des Courneuviens et a su les accompagner.
Pour Mazir ( jeune Courneuvien accueilli dans un Institut médico-éducatif ), je suis un compagnon de chaque instant. Pour Marie-Chantal, je sers à éplucher les pommes de terre et pour 37 500 lecteurs, je suis la vitrine de l’actualité. Vous m’avez reconnu? Je suis Regards. D’abord mensuel, puis « quinzomadaire », le journal a réussi à s’imposer comme un rendez-vous incontournable. Kaïna, 28 ans, attend sa sortie avec impatience. Férue de culture, la jeune femme est une fidèle lectrice de l’Agenda. «Regards me permet d’être à la page concernant les spectacles, les sorties ou autres manifestations qui se produisent dans la ville. Je ne rate aucun bon plan grâce à l’Agenda », confie-t-elle. Pour Stéphanie, 32 ans, le « quinzomadaire » joue un rôle plus citoyen. Très au fait de la politique de la Ville, cette mère de famille est particulièrement attentive aux actions menées par les élus dans les domaines de l’éducation et de la petite enfance. « Je suis très intéressée par ce qui se passe dans ma ville et Regards me tient informée de la manière dont on utilise le budget municipal. Je lis à chaque fois, avec beaucoup d’attention, les compte-rendus du Conseil municipal», affirme-t-elle. Au-delà des aspects informatifs et pratiques, Regards génère aussi du lien social. À travers l’État-civil, le journal témoigne des vicissitudes de la vie courneuvienne. « Pour certains, il est important de voir apparaître le nom de leur parent décédé sur cette liste et ainsi laisser une trace » explique Yolande Le Saux, responsable administrative, en charge de cette rubrique. Le journal rend également service et offre un espace d’expression aux lecteurs avec ses petites annonces. Variées et disparates, elles ravissent les amateurs de bons plans locaux. Aides aux devoirs, ventes de meubles, vide-grenier, castings ou encore dons d’animaux, tout y passe. La rubrique peut parfois renfermer des appels à l’aide touchants. Ce fut le cas pour Martine Zerbib, 55 ans. « Handicapée et sans personne sur qui compter », elle recherchait activement un volontaire pour garder gratuitement ses deux chats durant son hospitalisation. « Je n’avais trouvé aucune solution et je ne savais plus quoi faire. J’ai donc tenté les petites annonces sans trop savoir si cela allait aboutir à quelque chose. J’ai finalement été agréablement surprise. J’ai rencontré une personne qui a accepté de s’occuper de mes chats. Mais j’ai également reçu de nombreux appels de soutien », confie-t-elle avec beaucoup d’émotion. Pour d’autres, comme Pierre Quinquempoix, 55 ans, ancien habitant des 4 000, cet espace est le moyen de retrouver ses amis d’enfance et plus particulièrement sa première petite fiancée. « J’ai souhaité mettre cette petite annonce pour savoir ce que ma première petite copine était devenue », raconte-t-il. Si pour le moment sa recherche reste infructueuse, il ne perd cependant pas espoir qu’elle lui réponde un jour, peut-être à son tour, à travers Regards.
Siham Bounaïm
Légende photo : À chacun son coin de lecture.
Dans la peau d’un journaliste
Tout au long de l’année, Regards collabore aux projets pédagogiques d’établissements de la ville.
Cela fait partie des missions du journal de s’ouvrir en direction des scolaires, car il est important que d’autres métiers rentrent à l’école et que l’école sorte des murs », explique Yann Lalande, rédacteur en chef de Regards. C’est dans cette optique, qu’en 2009, ce dernier a suivi et accompagné, durant deux ans, la classe Opéra de l’école Joliot-Curie. Journaliste à l’époque, il a enseigné les rudiments de l’écriture journalistique à ces primaires, dans le cadre du programme Dix mois d’école et d’opéra. Comme nous l’explique M. Dubois, l’instituteur de l’époque. « L’une des conditions de la participation à ce programme était de faire rayonner le projet sur l’école et sur la ville. On a donc fait appel au journal Regards pour publier les articles que l’on a réalisé avec l’aide de Yann Lalande. Il a aidé les élèves à mieux en appréhender la construction. Ce fut une bonne expérience et les petits étaient fiers de voir leur travail publié dans le journal de la Ville ». Souvent sollicitée par les écoles, collèges ou lycées, que ce soit pour leurs projets scolaires ou simplement pour des visites, la rédaction essaye d’être disponible, autant que possible. La découverte de l’envers du décor enchante les enfants qui comprennent mieux le fonctionnement du journal et se l’approprient d’autant plus. Ce fut le cas de Lina, élève de CM1 de Joséphine-Baker, qui a ainsi pu profiter de la Semaine de la presse à l’école, pour percer avec sa classe, les secrets de fabrication de Regards. « Avant, je pensais qu’une personne faisait elle-même son article et sa photo. Je ne réalisais pas que cela demandait autant d’étapes et autant de personnes. J’ai compris que chacun avait un rôle bien précis », confie-t-elle. Conscient de son rôle pédagogique, le journal souhaiterait développer ses collaborations avec le milieu scolaire dans les mois à venir au travers d’une exposition, Une autre mondialisation, dédiée aux villes jumelles.
S. B.
Légende photo : En mars dernier, une classe du collège Politzer est venue assister au montage de son propre journal.
À vos stages
Que ce soit à l’imprimerie ou à la rédaction, le service Communication a toujours vu défiler des stagiaires. La rédaction accueille ainsi, tout au long de l’année scolaire, des jeunes Courneuviens désireux de s’essayer aux métiers du journalisme. Que ce soit en stage d’observation pour les collégiens ou en stage d’application pour les étudiants en BTS communication, le journal les intègre et les encadre. Pour certains, comme Saïd Ahmada, étudiant il y a quatre ans en 2e année de BTS communication à Jacques-Brel, cette expérience de six semaines a été l’occasion de réaliser un rêve d’enfant. « Plus jeune, je voulais devenir journaliste sportif. Ce stage m’a permis de tutoyer ce métier. J’ai même eu l’occasion de publier un article sur l’ASC. Ce stage a été enrichissant. Il m’a permis de rencontrer du monde et développer mon intérêt pour la ville », confie-t-il.
S. B.
LES ANCIENS TÉMOIGNENT > Des mots sur le marbre* Haut de page
François Nivet, adjoint au maire délégué à l’information (1983-1989)
« Je me souviens des débats au Bureau municipal au moment de la création de Regards. Nous n’avions presque pas d’autres exemples autour de nous. Ce débat salutaire et fraternel, a débouché sur la volonté de donner une véritable autonomie à l’ancien bulletin municipal. Le mensuel n’était plus l’expression monolithique de la municipalité mais l’expression de ceux qui font la ville. Au point que désormais la municipalité a disparu de la Une. Ce n’est plus le magazine municipal mais le journal de La Courneuve. On met la commune au même niveau que les Courneuviens. Le magazine était très innovant à l’époque. Il me semble que le journal a perdu un peu en lisibilité et en efficacité aujourd’hui. Les habitants y restent très attachés néanmoins. Regards soutient les grandes luttes de la ville et en ce sens redonne espoir et confiance. C’est là son importance et son utilité. »
Alain Germain, directeur du service communication ( 1986-1992 )
« Le lancement de Regards était une époque exaltante professionnellement. Il a fallu une certaine audace à James Marson, le maire de l’époque, pour nous faire confiance. Il nous a soutenus dans notre mission de proposer une autre façon de faire l’information municipale. Nous n’étions plus la voix de son maître, la voix de son maire. Les bouclages étaient de grandes parties de rigolade et s’étiraient jusqu’à 2h du matin, certains vendredis. Je me souviens avoir fouillé toutes les poubelles générales avec l’équipe un soir de bouclages afin de retrouver la diapositive de la Une… et nous l’avons retrouvée. »
Jacqueline Jan, rédactrice en chef (1986-1994)
« L’équipe que nous formions avec Loïc-Loeiz Hamon le directeur artistique, Roland Robineau le maquettiste et Alain Germain le directeur de la communication était épatante . D’ailleurs nous sommes toujours restés en contact. Nous avions plaisir à travailler ensemble. Je me rappelle qu’à l’époque nous maquettions en collant les pages. Nous étions très fiers et très contents de travailler sur cette formule révolutionnaire. Je la trouvais très élégante et surtout pas, trop belle pour La Courneuve, comme le prétendaient certains. Le premier sujet «L’adieu à Debussy » sera resté le plus grand. »
Jean-Louis Beau, rédacteur en chef (1997-2002)
« J’ai mené le changement de formule de Regards et son passage à la couleur en 2000. Les portraits et le dossier ont alors pris une place plus conséquente. Cette maquette plus dynamique était plus exigeante. Je retiens la grande confiance et le respect mutuel entre le maire et la rédaction. Nous étions libres mais responsabilisés, avec l’objectif d’être utiles aux Courneuviens et si possible de travailler avec eux. Ce n’est pas toujours le cas partout. Le journal dans le journal que nous avions réalisé avec les habitants sur le thème de la parentalité est symbolique de cette volonté. »
Dominique Duclos, rédacteur en chef ( 2006-2010 )
« Mon meilleur souvenir est la remise du Grand prix du jury de la presse territoriale, décerné par Cap Com à Strasbourg en décembre 2007. Être considéré comme le meilleur journal national de cette presse est la reconnaissance, par ses pairs, d’un travail d’équipe et d’une prise de risque collective. Ce collectif va de l’Autorité qui a choisi de bousculer les habitudes du mensuel à ceux qui ont eu en charge de traduire concrètement cette ambition, tout en conservant un esprit critique. Que le jury ait salué la qualité journalistique, le graphisme, l’humour, l’utilisation appropriée du dessin de presse, voire une certaine forme d’indépendance, contournant la trop grande “déférence” à laquelle on peut s’attendre parfois dans ce type de publication, ne pouvait que conforter l’équipe de la pertinence de sa démarche. La place de La Courneuve dans mon parcours est très importante. Après 30 ans de journalisme territorial, c’est, en quelque sorte, finir en beauté avant de laisser la place à des plus jeunes. Ne pas faire le match de trop comme certains sportifs ! ».
Éric Bacher, secrétaire de rédaction puis journaliste (depuis 1995)
« Mes meilleurs souvenirs de reportage : sans hésiter les interviews du romancier Didier Daeninckx et du dessinateur de presse Georges Wolinski. le premier, humble et avenant, en quelques heures, a passé l’Histoire au rayon x. Le second m’a troublé par sa timidité, voire son anxiété apparente, mais aussi par son humour noir, de juif de Tunis, quelque peu désespéré. Mon pire souvenir : un reportage sur le personnel en grève du garage Mercedes derrière la barre Balzac. Un vendredi soir pluvieux, une rue sale et triste qui semblait extraite du film Rue Barbare, le piquet de grève à l’entrée et sur le terrain d’en face les forces de police qui tiraient au flash-ball sur des jeunes. Des cris, des hurlements, des tirs, des sirènes, des individus en uniforme et en jogging qui couraient dans tous les sens et qui vociféraient… L’horreur. »
Sylvie Pariyski, journaliste ( 2000-2006 )
« J’ai des sentiments très contrastés quand je repense à ces six années courneuviennes, à l’image de mes souvenirs. Le souvenir de tant de richesses humaines, tant d’énergies, tant de chaleur, tant de partage sincère avec les Courneuviens, d’émotions fortes, d’espoirs… Le souvenir aussi de tant de violences. Violence latente ou explosive : émeutes de 2005, mort de ce gamin tombé lors d’un règlement de compte entre dealers… Violence des réponses : le “fameux” nettoyage au karcher de Sarkozy, son arrogance. Parmi tous ces souvenirs, j’en ai un, précieux comme un cadeau : la dernière enquête que j’ai faite pour Regards. Une enquête sur les Roms. Objectif : comprendre qui ils sont, pourquoi ils sont là, pourquoi ils s’installent là, alors qu’ils nous gênent. Ça a été une vraie chance d’écrire cette rencontre, très marquante, telle que je l’avais ressentie. J’ai su, après la sortie du journal, que mon papier avait provoqué des réactions ( très ! ) partagées, au sein de la rédaction et au sein de l’équipe municipale… Mais il a été publié tel que je l’avais écrit, il n’a pas été orienté, et encore moins censuré. C’est une liberté précieuse dont peu de journaux de ville peuvent se vanter. »
Marie-Hélène Ferbours, journaliste (2002-2010), aujourd’hui en charge du site Internet
« Je connaissais Regards à l’époque où j’officiais à Romainville. Ce journal m’a toujours fait envie eu égard à sa liberté de ton, son rythme et son style moins institutionnel et ampoulé que les autres. Je le trouvais bien écrit, bien structuré et démontrant une grande exigence. J’ai retrouvé tout ça en y travaillant. Regards est une aventure humaine qui permet de mieux comprendre les enjeux de la société de demain parce qu’ils se jouent en partie ici à La Courneuve. On se rend ainsi compte que les choses ne sont jamais simples. »
Gérard Vidal, photographe (2007-2010)
« Je retiens le travail collectif entre photographes, journalistes et maquettistes.
Une réalité très différente du pigiste photographe, sorte d’aspirateur à images. Le problème ensuite c’est de lutter contre le poids de la routine, les sujets marronniers qui peuvent nuire à la qualité du travail. Regards a un profil particulier, et dispose d’une marge de manœuvre intéressante par rapport à d’autres titres du genre. Les reportages dans les villes jumelles ont ainsi autorisé des rencontres et des découvertes et offert une ouverture extraordinaire au journal. »
Martial Martineau, pigiste journaliste ( 1992-1996 )
« Je suis devenu journaliste pour ainsi dire à La Courneuve. Avant de retourner sur les bancs de la fac pendant six ans, j’avais été chaudronnier près de 10 ans. Jacqueline Jan m’a donc mis le pied à l’étrier. Elle m’a confié les sports alors que je n’étais pas vraiment spécialiste. L’angle institutionnel me convenait parfaitement, vu que je ne connaissais pas la règle du hors-jeu ! Regards a donc été déterminant dans mon parcours de par sa capacité à donner sa chance à des jeunes journalistes. J’ai pensé intégrer l’équipe du journal à une époque. Avoir sa carte était chaudement recommandé cependant. J’ai tout fait pour obtenir la carte de presse, avant de comprendre qu’il s’agissait de la carte du Parti communiste qu’on attendait (rires) ! »
Laurent Rothan, photographe (2002-2007)
« Il s’agissait de ma première expérience dans une municipalité. Elle m’a permis d’opérer, dans d’excellentes conditions, le passage de l’argentique au numérique. J’ai également appris à travailler en équipe. Les sujets étaient rarement simples à traiter d’un point de vue de l’image. La difficulté est là : garder le plaisir et continuer de ressentir les photos. Regards est une expérience de vie différente de ce que j’ai pu côtoyer dans le métier. J’ai appris à garder les yeux ouverts à ne pas faire d’amalgames. J’avais aussi fait le choix de vivre à La Courneuve en considérant que l’on fait de l’endroit où l’on vit ce que l’on a envie d’en faire. »
Sans oublier :
Gérard Despretz (directeur de la communication), Dominique Roger, Cyril Pacouret (rédacteurs en chef), Marie-Claire Chartrain, Yves Allain, Nourredine Zenine, Marianne Dussaud, Michel Ducros, Loïc Bertrand (journalistes), Robert Laponce, Stéphane Kovalsky, Sylvie Lidolf, François Fogel, Gérard Roussel (photographes), Loïc-Loeiz Hamon (directeur artistique), Roland Robineau, Mireille Sanmarti, Pierre Cliquet (maquettistes).
* marbre : De Gutenberg aux années 1970, désigne la table (de fonte, et non de marbre, d’ailleurs) sur lesquelles sont montées les pages d’un journal ou d’un livre avant leur impression.
LES SECRETS DE FABRICATION Haut de page
« Regards, ouvre-toi ! »
Notre journal a décidé de lever le voile sur ses secrets de fabrication à travers cinq étapes clefs pour répondre à toutes les questions qui vous taraudent, peut-être, l’esprit depuis des années.
Préparation
Le numéro précédent n’a pas encore été distribué que l’on s’attelle déjà à préparer le prochain. Le rédacteur en chef a réfléchi en amont à une ébauche de sommaire, détaillé le contenu de chaque rubrique, mis de côté les sujets importants en fonction de l’actualité et des informations glanées sur le terrain. Les journalistes proposent aussi les sujets qui leur tiennent à cœur. C’est au cours du comité de rédaction, en présence du directeur de cabinet du maire et du directeur de la communication, que le sommaire et l’angle des sujets sont débattus, avant leur adoption définitive. L’emplacement de chaque article est inscrit, noir sur blanc, dans le « chemin de fer » qui correspond au patron miniature du journal, page par page. Le rédacteur en chef répartit alors le travail d’écriture entre les trois journalistes permanents, les pigistes, sans oublier les photographes et les déclinaisons Internet des sujets.
Reportage et écriture
Assez réfléchi, il est temps de passer à l’action, donner des coups de fil, partir en reportage chercher de l’information, caler des rendez-vous, réaliser des interviews, prendre des photos. Le journaliste connaît à l’avance la taille des articles ( calibrage ) qui est définie en nombre de signes. Le calibrage dépend étroitement de la place disponible dans le journal, de l’importance du sujet et des illustrations éventuelles ( photos, dessins ). C’est un repère important pour le journaliste qui sait, à peu près, le temps nécessaire et la quantité d’informations dont il aura besoin pour construire son papier. Une fois l’information récoltée, vient l’heure de l’écriture. Le dossier central ( Grand format ) et le portrait de dernière page ( Un certain regard ) exigent un temps de préparation supplémentaire. Les autres rubriques ( Actualité, Échos citoyens ) sont plus tributaires de l’actualité et sont rédigées en dernier.
Bouclage
Le rédacteur en chef passe au crible tous les articles des journalistes, au fur et à mesure, puis c’est au tour du secrétaire de rédaction de sortir sa loupe pour rectifier les coquilles résiduelles, modifier les titres et les chapôs à quelques jours de l’envoi chez l’imprimeur ( bouclage ). Une fois le texte validé, c’est au tour des maquettistes de monter le journal, page par page, de couler le texte et d’importer les images dans le logiciel de PAO InDesign. Ils se partagent les 16 pages du journal. Ils travaillent à partir d’une maquette prédéfinie ( typographie, emplacements des titres, nombre de colonnes…), ce qui permet d’assurer la cohérence graphique du journal d’un numéro à un autre. Une fois les pages montées, on imprime les épreuves pour que tous les membres de l’équipe les relisent une dernière fois. Chacun sort son stylo rouge pour souligner les fautes d’orthographe et de grammaire, les erreurs de sémantique ou d’agencement de l’espace. Les maquettistes prennent en compte toutes ces remarques pour sortir d’ultimes épreuves pour un dernier tour de table où chacun jette un ultime coup d’œil avant la validation définitive.
Fabrication et impression
Une fois toutes les modifications effectuées, les maquettistes envoient le BAT ( bon à tirer ) à l’imprimeur. Le fichier du journal est déposé sur un serveur, le mercredi vers 15h puis vérifié par un opérateur pré-presse chez l’imprimeur. L’entreprise qui imprime Regards depuis l’arrivée de la nouvelle formule, imprime aussi 120 titres dont Charlie Hebdo, Les Inrocks, L’Humanité Dimanche. Elle est située à Bois-Le-Roi en Seine-et-Marne. Vient alors l’étape de l’imposition qui consiste à disposer les pages par « cahiers » de huit pages pour les mettre dans un certain ordre, avec les bonnes couleurs. Le fichier est alors envoyé au CtP ( Computer to plate ), la machine qui va insoler les plaques sensibles au rayon laser pour que certaines parties soient visibles lors de l’impression. Un opérateur cale ensuite les plaques directement sur la presse ( rotative Offset ), ce qui prend 45 minutes. Il y a huit plaques par couleur ( cyan, magenta, jaune et noir ) : quatre recto et quatre verso. On passe, dès lors, la bande papier dans les groupes imprimants où l’on a mis les plaques, avant la mise en vitesse de la rotative ( 16 000 exemplaires / heure ), pour effectuer les opérations d’encrage (mise en couleur), de repérage (vérification des couleurs déposées les unes sur les autres) et de pliage. La rogne consiste à évacuer le surplus papier, autour du format, avant le départ du camion à 5h du matin, pour une livraison, chez le distributeur à 7h30. Le coût de l’impression des 18 000 exemplaires est de 4 200 euros par numéro, hors supplément éventuel ( comme cet « Encart de siècle » ).
Distribution
Le journal était distribué par la Poste jusqu’à la fin des années 1990. Les postiers distribuaient le soir après leur travail sur la base du volontariat, ce qui prenait une semaine. Aujourd’hui, le journal est distribué en 48h, pour un coût de 1 300 euros par numéro. Une optimisation de la distribution est à l’étude pour diminuer le taux d’échecs, développer les dépôts dans les lieux publics ( EHPAD, Archives diplomatiques…) et des commerces de proximité ( boulangeries, pharmacies, restaurants et cafés ). Les gens qui ne reçoivent pas le journal pourront ainsi le trouver facilement. L’objectif est également de réduire le délai de distribution pour se rapprocher des 24h. Si vous ne recevez pas le journal, contactez directement Regards au 01 49 92 61 40 ou envoyez un mail à regards@ville-la-courneuve.fr. Car la qualité d’un journal se mesure aussi à l’efficacité de sa distribution et à l’exigence de ses lecteurs.
Julien Moschetti
Légende photo > L’équipe de Regards : De gauche à droite depuis le haut : Julien Moschetti, Marie-Hélène Ferbours, Isabelle Meurisse, Philippe Caro, Alain Acas, Yann Lalande, Virginie Salot, Yolande Le Saux, Siham Bounaim, Farid Mahiédine, Nadège Rouland.
+ photos : www.ville-la-courneuve.fr
Lexique
Angle : façon de traiter un sujet, qui déterminera le plan de l’article.
BAT ( bon à tirer ) : épreuve couleur contractuelle envoyée à l’imprimeur qui fait foi pour lancer l’impression ( validation de la chromie ).
Bouclage : derniers jours de préparation d’un numéro dédiés à la mise en forme définitive d’une page ( textes et images ) avant correction et BAT.
Calibrage : décompte du nombre de signes d’un texte, c’est-à-dire le nombre de caractères, d’espaces et de signes de ponctuation.
Chapô : Texte d’introduction qui « coiffe » un article, généralement présenté en plus gros, et en caractères gras, à mi-chemin entre le résumé et l’accroche.
Chemin de fer : description schématique sur papier de toutes les pages du journal, ce qui permet de visualiser rapidement l’ensemble.
Coquille : erreur typographique qui s’est glissée à l’intérieur du journal.
Rotative : machine sur laquelle sont imprimés les journaux.
NOUVELLE > INCERTAIN REGARD Haut de page
Les derniers rayons recouvrent la rue d’une fine poussière d’or ; un homme promène son regard satisfait sur la façade qu’il vient de nettoyer, puis le soleil disparaît derrière fer et béton. L’homme fait quelques pas jusqu’à la porte suivante, pensif, les yeux au sol ; lorsqu’il les lève enfin son visage se crispe et sa main se cramponne sur le jet d’eau pressurisée qu’elle tient : devant lui, sur une porte métallique tachée est inscrit en gros caractères : « BANLIEUE – ATTENTION ».
Une petite voix sortie de nulle part le fait soudain sursauter :
« Viens, je vais te montrer. »
Un enfant qu’il n’avait pas vu lui tend la main et ajoute, pointant le jet d’eau du doigt, « Laisse-le là, va. Tu n’en as pas besoin. Tu verras, ce monde n’a rien à voir avec celui qu’ils résument à des voitures brûlées. »
Le petit ouvre la porte; l’homme fait un pas en arrière, la peur au ventre. Il fait l’effort de se ressaisir, dépose le jet d’eau et le suit, tremblant. La porte se referme derrière lui ; il sursaute à nouveau. Un couloir étroit et obscur les conduit vers une vive lumière émanant de l’autre extrémité. L’homme a le cœur battant, mais la présence et la sérénité du petit le rassurent. Une étonnante musique le charme et l’apaise bientôt. Une voix pure, enivrante, envoûtante comme un appel de sirènes en plein désert, le transporte au loin, au-delà de la ville, sur une montagne, de l’autre côté de la mer. En quittant le long couloir, il retrouve ses esprits, et ses yeux éblouis, émerveillés de découvrir un immense chapiteau accroché au ciel, cherchent où se poser.
Tout près de lui, un étrange conteur, mi-homme mi arbre, et un vieil agriculteur enchantent un groupe d’enfants en partageant leur amour de la Nature. Juste derrière eux, plus en hauteur, sur un trapèze, une femme et ses perroquets accomplissent d’époustouflantes acrobaties au-dessus d’une foule médusée d’admiration. Non loin de là, dans un bel enclos, une jeune soigneuse enseigne avec grâce et passion l’art de monter à cheval à des enfants euphoriques. L’homme se sent soudain un peu étourdi par cette atmosphère inattendue, pleine d’énergie, de liesse et d’allégresse, dans laquelle il vient si subitement d’entrer. Le petit le remarque et s’en excuse en lui tendant une chaise : « J’aurais du t’avertir que nous avions un enterrement aujourd’hui. »
L’homme s’assied, son visage contrarié scrute le petit d’un œil incrédule. Un enterrement ; il ne sait plus quoi penser. Le petit rit. À cet instant, un homme s’arrête et les prend en photo. « Ne vous inquiétez pas, personne ici ne regrettera le défunt » puis il poursuit sa route. L’homme sur sa chaise secoue la tête, stupéfait. Il ferme les yeux, puis les rouvre et promène son regard tout autour, confus, abasourdi, extasié aussi. Sur une scène, tout près de là, un écran géant montre des doigts qui dansent et qu’accompagne un chorégraphe virtuose. « Sous la barre on est tous égaux. » Il se retourne, piqué de curiosité par ces mots : allongé sur un banc d’haltérophilie, un homme soulève une barre de cent kilos comme s’il s’agissait d’un fétu de paille ; à côté de lui, un fauteuil roulant inoccupé. Le petit garçon tire l’homme par la main.
« Allez, viens, tu te reposeras plus tard. Il y a tellement de choses à vivre et à voir avant ! »
L’homme acquiesce et se lève, ragaillardi ; le petit l’entraîne vers une scène d’opéra où un cygne noir volette devant un orchestre hétéroclite. L’audience a la chair de poule, les regards brillent intensément. Sur une scène attenante, un spectacle de marionnettes recrée l’Othello de Shakespeare; sur la suivante, un pianiste improvise l’accompagnement des pièces pour l’atelier-théâtre où nombre de comédiens reconnus ont débuté. D’autres mots font halte à son oreille, en passant, « Un peuple qui confie son imaginaire aux grandes puissances financières se condamne à des libertés précaires. » L’homme poursuit, songeur, sa main emportée par la menotte de son insatiable guide.
En chemin, il reconnaît de multiples champions, au milieu d’une foule anonyme, dans laquelle ces derniers perçoivent, à leur tour, ce même potentiel que d’autres avaient décelé en eux. Des ateliers sportifs s’étendent à perte de vue, chacun avec ses représentants d’exception : basketball, boxe thaï, tennis, taekwondo, football américain ; il y a même un navigateur et son beau voilier qui glisse sur un bout de mer déposé là pour l’occasion. Il n’en croit pas ses yeux. Tout lui semble surréaliste. Qui peut être ce défunt qui réunit autant de talents, et qui plus est dans la joie, comme s’il s’agissait d’un ennemi commun ?
Avant qu’il n’ait pu interroger le petit, celui-ci les arrête devant un énorme dôme jaune-orangé, un stand en forme de pamplemousse retourné, qui abrite des entrepreneurs et des architectes locaux en plein échange, « Sommes-nous suffisamment riches pour nous payer le luxe de construire des choses de mauvaise qualité ? » Le petit rit de le voir toujours aussi étonné de tout : « C’est la pépinière des entreprises, pour aider à la création. »
L’homme, bouche-bée, remarque alors les pépins dorés devant chacun d’eux, « Je ne suis pas sorti d’une grande école et aujourd’hui c’est moi qui embauche un centralien pour m’épauler. » Ce ne sont pas des pépins, mais bien les pépites des chercheurs d’or modernes qu’il a devant lui. Quelques mètres plus loin, un hélicoptère, hélices au ralenti pour aérer la foule, repose près d’un ouvrier qui le présente avec passion ; en retrait, derrière lui, discrètement accrochée sur le rideau du stand, rayonne une belle médaille d’or, « L’intelligence de la main n’est pas inférieure à celle de l’esprit. »
L’homme ne sait plus vers qui tourner son admiration. Dans son dos, des écrivains dédicacent leurs livres et discutent avec leurs lecteurs, « Il y a toujours eu des brassages de population, on leur doit la société telle qu’elle est aujourd’hui. » Toutes ces phrases collectées, au hasard d’une oreille vagabonde, semblent autant de coups de marteaux sur ses propres préjugés.
« Peut-être est-ce un rite venu d’ailleurs ? » se dit-il alors, persévérant dans ses jugements erronés : ils célèbrent la vie et la création pour apaiser la douleur. Une musique le prend alors au corps, presque contre son gré ; une trompette, une clarinette et une darbouka marient avec brio leurs sonorités complices. Deux artistes du ballon rond jonglent avec dextérité au rythme de cette union festive et féconde.
Mais là encore, son attention est attirée partout et le petit, qui le sent bien, le guide alors vers le coin le moins éclairé du chapiteau : le coin ciné. Les quelques images enregistrées par ses rétines folâtres déclenchent d’étranges questions dans sa tête, sur le patriarcat, la mémoire de l’immigration, la réinterprétation de l’histoire coloniale ou la vie des clandestins ; deux phrases notamment explosent en lui, « C’est extrêmement rare une ville peuplée par des gens de tous les continents ; » comme une grenade mal dégoupillée tandis qu’ils s’éloignent des écrans, « Avec ce nouveau détecteur, si tu es vivant avec ton cœur qui bat, tu es certain de mourir. » Il est de plus en plus troublé par tout ce qu’il vit, voit et comprend.
Qui est donc ce mort dont l’enterrement attire plus de richesses de pensées et de cœur qu’il n’en a jamais vues auparavant, encore moins réunies en un même lieu? Quels liens ont tous ces gens fantastiques qui bouleversent avec une telle aisance ses conceptions les plus assurées ? Un autre stand, non loin, décerne des césars un peu particuliers qui récompensent le racisme ordinaire, toujours latent dans la société ; il sent combien lui aussi en mériterait un. Le petit serre sa main et sourit, comme s’il lui disait, « Tu n’en as plus besoin, tu as ouvert les yeux, » puis il le mène à son stand préféré. Ils passent devant des ateliers photos retraçant l’histoire de la ville à travers les architectures successives et les portraits de leurs habitants et habitantes. « Nous faisions des collectes pour les combattants de la guerre d’Espagne, » raconte l’une d’elles à l’un des photographes. Tous ces visages, en noir et blanc, l’apaisent, mais son cœur bat toujours d’une formidable excitation juvénile lorsque le petit interrompt leur marche. « En dessinant j’ai pu m’évader. » Ils se sont arrêtés juste derrière un dessinateur qui se retourne et les salue de son joli visage poupon. Il se tient debout devant un chevalet sur lequel il dessine, de concert avec un parterre d’enfants ébahis, les cases d’une nouvelle bande dessinée.
Le petit lui propose de s’asseoir là, parce qu’il fatigue un peu. L’homme aperçoit alors, dans un trou du chapiteau étoilé, la splendeur d’une lune ronde éblouissante. Il regarde alors sa montre et réalise avec stupeur que ce tour, qui lui avait semblé prendre quelques minutes, avait en fait duré des heures. Chaque stand, chaque spectacle, chaque individu l’avait absorbé au-delà du temps qui se compte sur les horloges et les calendriers. Il embrasse alors le petit sur le front, spontanément, pour le remercier, puis il retrouve et réemprunte le couloir de l’entrée. Ce dernier, gorgé de lumière, s’est métamorphosé : plusieurs groupes de hip-hop rappent et dansent tandis qu’un groupe de graffeurs bombent une splendide fresque éphémère. « Ils se réapproprient et réaniment les angles morts de la société, » se dit-il, impressionné.
Devant l’entrée, il prend soudain conscience d’avoir oublié de poser la question qui lui brûlait les lèvres tout du long. Une étudiante, à qui il tient la porte d’entrée lui répond en riant :
« On enterre aujourd’hui le cliché de la banlieue. »
Il la remercie et rougit, un peu honteux. Il sort avec davantage de peine qu’il en a eu à entrer. Il a un pincement au cœur en refermant la porte derrière lui. Il remarque alors que la tache est un résidu d’affiche électorale délavée. Il reprend son jet d’eau pressurisée et le passe sur la porte, à puissance maximale. La tache disparaît, révélant le mot manquant : « BANLIEUE – ATTENTION : TALENTS. »
Dominique Irlinger
Dominique Irlinger est un jeune auteur qui, après avoir grandi entre la Réunion et la Sarthe, s’est installé en Australie. Il s’est inspiré de Regards et notamment de ses dernières pages pour rédiger cette nouvelle que nous vous offrons à l’occasion de ses 25 ans.
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Rendez-vous jeudi 19 mai à 18H30
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